Lawrence d’Arabie : Ali surgit du mirage, minuscule dans le désert.

B2 Vidéo · La Cambre · 2026–2027

L’échelle des plans

Du plan général au plan-séquence : cadrer, c’est choisir ce que l’on montre.

Lawrence d'Arabie — David Lean, 1962

Définitions

Qu’est-ce qu’un plan ?

Plan de tournage — tout ce qui est enregistré entre « Action ! » et « Coupez ! ».

Plan de montage — le fragment conservé entre deux coupes au montage.

Scène — un ensemble de plans dans un même lieu et un même temps.

Séquence — plusieurs scènes liées par une même action, à travers plusieurs lieux ou moments.

Le plan est l’unité de base du langage cinématographique : il dure quelques secondes, parfois plusieurs minutes.

Vue d’ensemble

Où coupe le cadre ?

La valeur d’un plan se définit par la taille du sujet dans le cadre. Pour un personnage, c’est l’endroit où le bord de l’image le coupe.

Au-delà du plan moyen, on ne mesure plus le corps mais l’espace : plan de demi-ensemble, plan d’ensemble, plan général.

Règle d’or : ne jamais couper aux articulations (genoux, coudes, cou).

Silhouette avec les lignes de coupe de chaque valeur de plan : TGP aux yeux, GP sous le menton, PRE aux épaules, PRP à la poitrine, PRT à la taille, PA à mi-cuisse, PI aux mollets, PM aux pieds.

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PG

Plan général

Situe l’action dans son contexte géographique : un paysage, une ville, un désert.

Il montre la totalité du décor sans se concentrer sur un élément précis. Le décor prime sur les personnages, souvent minuscules ou absents.

Usage : ouverture de séquence, établissement du lieu, solitude, démesure.

Lawrence d'Arabie — David Lean, 1962

CommentaireDavid Lean filme le désert en 70 mm : l’homme y est minuscule. Le plan général installe le lieu et le rapport de force entre le personnage et le monde.

Exemples dans l’histoire du cinéma

Lawrence d'Arabie — David Lean, 1962Les hommes, des points au pied du Wadi Rum.
Lawrence d'Arabie — David Lean, 1962Ali surgit du mirage : le décor écrase le personnage.
Il était une fois dans l’Ouest — Sergio Leone, 1968Monument Valley, décor mythique du western.

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PE

Plan d’ensemble

Le plan d’exposition par excellence : un lieu de la taille d’une rue ou d’une place.

Contrairement au plan général, on distingue suffisamment les personnages pour comprendre ce qu’ils font.

Exemple : le palais de justice, les tribunes d’un champ de course.

La Mort aux trousses — Alfred Hitchcock, 1959

CommentaireLa Mort aux trousses : la route déserte de la scène de l’avion. On comprend l’action (le camion arrive), le décor reste dominant.

Exemples dans l’histoire du cinéma

Le Cuirassé Potemkine — Sergueï Eisenstein, 1925Les escaliers d’Odessa : la foule fuit la troupe.
Lawrence d'Arabie — David Lean, 1962Le campement : on lit l’action, pas encore les visages.
Le Bon, la Brute et le Truand — Sergio Leone, 1966Le duel à trois : l’arène du cimetière.

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PDE

Plan de demi-ensemble

ou plan large

Ne couvre qu’une partie du décor et concentre l’attention sur un groupe de personnes.

S’intéresse autant au décor qu’aux personnages. C’est le plan le plus large possible en intérieur.

Exemple : des avocats descendant les marches du palais.

La Mort aux trousses — Alfred Hitchcock, 1959

CommentaireLe hall des Nations unies : un groupe identifiable dans un intérieur dont on perçoit encore l’architecture.

Exemples dans l’histoire du cinéma

La Mort aux trousses — Alfred Hitchcock, 1959La cafétéria du mont Rushmore.
Le Cuirassé Potemkine — Sergueï Eisenstein, 1925Les soldats descendent les marches.
Citizen Kane — Orson Welles, 1941Le plateau de tournage.

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PM

Plan moyen

ou plan en pied

Cadre un ou plusieurs personnages en entier, de la tête aux pieds.

L’attention passe du décor au personnage, tout en le situant dans l’espace. On lit la posture, la démarche, le corps entier.

Lawrence d'Arabie — David Lean, 1962

CommentaireLawrence et son guide au puits ; au loin, Ali approche. Le plan moyen montre les corps entiers et les relie à l’espace.

Exemples dans l’histoire du cinéma

Lawrence d'Arabie — David Lean, 1962Lawrence, en pied, dans le désert.
Le Cuirassé Potemkine — Sergueï Eisenstein, 1925La mère portant son enfant sur les marches.
Il était une fois dans l’Ouest — Sergio Leone, 1968Le personnage en pied sur le quai de la gare.

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PI

Plan italien

Cadre le personnage jusqu’aux mollets — entre le plan moyen et le plan américain.

Usage aujourd’hui désuet : la coupe sous les genoux est jugée peu gracieuse. Il a été largement remplacé par le plan américain.

À retenir : on le croise surtout dans le cinéma classique et le western italien.

Lawrence d'Arabie — David Lean, 1962

CommentaireLawrence et Ali : coupe sous les genoux, à la frontière entre plan italien et plan américain.

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PA

Plan américain

Cadre les personnages à mi-cuisse. Typique du cinéma hollywoodien des années 1920 et du western : il coupe juste sous le revolver.

Il permet de filmer plusieurs personnages en dialogue sans bouger la caméra. C’est un plan de confrontation, qui permet l’action.

Le Bon, la Brute et le Truand — Sergio Leone, 1966

CommentaireTuco au cimetière : le cadre coupe à mi-cuisse, juste sous le revolver — la définition même du plan américain, héritée du western.

Exemples dans l’histoire du cinéma

Rio Bravo — Howard Hawks, 1959Coupés sous les étuis de revolver.
Le train sifflera trois fois — Fred Zinnemann, 1952Plan de confrontation.
La Prisonnière du désert — John Ford, 1956Deux personnages en dialogue, caméra fixe.
Le Bon, la Brute et le Truand — Sergio Leone, 1966Lee Van Cleef, la cartouchière dans le cadre.

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PRT

Plan rapproché taille

ou plan mi-moyen (PMM)

Cadre le personnage à la ceinture et isole un ou deux personnages.

On perçoit les gestes des mains et les expressions du visage.

Usage : plan de séduction ou de bagarre naissante.

La Mort aux trousses — Alfred Hitchcock, 1959

CommentaireCary Grant, coupé à la ceinture : les mains et le visage sont lisibles.

Exemples dans l’histoire du cinéma

La Corde — Alfred Hitchcock, 1948Deux personnages sur un banc.
La Soif du mal — Orson Welles, 1958Janet Leigh, à la ceinture.
La Mort aux trousses — Alfred Hitchcock, 1959Plan de séduction.
Il était une fois dans l’Ouest — Sergio Leone, 1968Henry Fonda, à la ceinture.

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PRP

Plan rapproché poitrine

et plan rapproché épaule (PRE)

Cadre le personnage à la poitrine (PRP) ou aux épaules (PRE).

Le spectateur est en confidence, il profite des détails du visage. C’est le plan intime — celui des secrets et celui du baiser.

La Corde — Alfred Hitchcock, 1948

CommentaireLes deux meurtriers de La Corde, cadrés à la poitrine : on entre dans leur intimité, dans leur complicité.

Exemples dans l’histoire du cinéma

Casablanca — Michael Curtiz, 1942Le plan du baiser.
Citizen Kane — Orson Welles, 1941Plan poitrine.
Lawrence d'Arabie — David Lean, 1962Plan épaule.
La Mort aux trousses — Alfred Hitchcock, 1959Plan poitrine.

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GP

Gros plan

Cadre le visage. Il permet de lire directement les émotions d’un personnage et ses réactions les plus intimes.

Il peut aussi cadrer un objet. C’est le plan de l’analyse psychologique, de la sensualité, de l’expressivité.

La Mort aux trousses — Alfred Hitchcock, 1959

CommentaireCary Grant face à l’avion : tout passe par le visage.

Exemples dans l’histoire du cinéma

Le Bon, la Brute et le Truand — Sergio Leone, 1966Clint Eastwood.
Citizen Kane — Orson Welles, 1941
La Corde — Alfred Hitchcock, 1948
Citizen Kane — Orson Welles, 1941

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TGP

Très gros plan

Montre un détail du visage — les yeux, la bouche — ou du corps : un doigt crispé sur une gâchette.

Généralement très bref, il attire l’attention sur un détail dramatiquement important et fait monter le suspense.

Le Bon, la Brute et le Truand — Sergio Leone, 1966

CommentaireLes yeux de Tuco (Eli Wallach) pendant le duel final. Leone a fait du très gros plan sur les regards sa signature : le cadre ne garde que ce qui compte dramatiquement.

Exemples dans l’histoire du cinéma

Il était une fois dans l’Ouest — Sergio Leone, 1968Le regard de Charles Bronson.
Le Bon, la Brute et le Truand — Sergio Leone, 1966Lee Van Cleef : seuls les yeux bougent.
Un chien andalou — Luis Buñuel, 1929L’œil et le rasoir.
Le Cuirassé Potemkine — Sergueï Eisenstein, 1925Le visage déformé par l’horreur.

Étude de cas

Une scène, toute l’échelle : le duel du cimetière

Le Bon, la Brute et le Truand — Sergio Leone, 1966. Le montage resserre le cadre à mesure que la tension monte.

  1. 1 PG
  2. 2 PE
  3. 3 PA
  4. 4 PRP
  5. 5 TGP
  6. 6 TGP
  7. 7 INSERT

À montrer en classe : la séquence complète (environ 5 minutes), avec la musique d’Ennio Morricone. Le rythme du montage accélère en même temps que les plans se resserrent.

CommentaireOn part du plan général du cimetière, puis l’arène (PE), les personnages en plan américain, puis rapprochés, puis les yeux en très gros plan, et l’insert sur la main et le revolver.

Au-delà de l’échelle

OBJET

Plan d’objet & insert

ce ne sont pas des valeurs de plan

Plan d’objet — plan explicatif qui montre un objet (on parle aussi de plan de détail).

Insert — notion de montage : un plan glissé à l’intérieur d’un autre, quelle que soit sa valeur. Le mot est souvent utilisé à tort pour « gros plan ».

Exemple : le compte à rebours d’une bombe.

Lawrence d'Arabie — David Lean, 1962

CommentaireL’allumette de Lawrence : soufflée, elle laisse place au lever de soleil sur le désert — l’un des raccords les plus célèbres du cinéma.

Exemples dans l’histoire du cinéma

Le Bon, la Brute et le Truand — Sergio Leone, 1966La main s’approche du revolver.
Le Cuirassé Potemkine — Sergueï Eisenstein, 1925Le landau dévale les marches.
Le Cuirassé Potemkine — Sergueï Eisenstein, 1925Les bottes des soldats.
La Mort aux trousses — Alfred Hitchcock, 1959Le camion.

Au-delà de l’échelle

PS

Plan-séquence

plan long qui constitue une scène à lui seul

Une scène entière filmée en un seul plan, sans coupe. La valeur du cadre change pendant le plan grâce aux mouvements de caméra : panoramique, travelling, grue, zoom, Steadicam.

Il impose le temps réel et la continuité de l’espace.

La Corde — Alfred Hitchcock, 1948

CommentaireLa Corde (1948) : Hitchcock tourne le film en une dizaine de plans de 10 minutes environ (la durée d’une bobine), avec des raccords dissimulés.

Exemples dans l’histoire du cinéma

La Soif du mal — Orson Welles, 1958Plan d’ouverture de plus de 3 minutes, à la grue.
Psychose (bande-annonce) — Alfred Hitchcock, 1960Bande-annonce : Hitchcock visite le décor en un long plan.

À voir aussi : Les Affranchis (Scorsese, 1990) · Les Fils de l’homme (Cuarón, 2006) · L’Arche russe (Sokourov, 2002, un seul plan) · 1917 (Mendes, 2019)

À retenir

Valeurs de plan et montage

Sauter une valeur. Entre deux plans dans le même axe, on saute au moins une valeur (ex. PM → PRT plutôt que PM → PA) pour que la coupe soit fluide.

La règle des 30°. Pour une même valeur, la caméra doit se déplacer d’au moins 30° pour éviter l’effet de saute (jump cut).

L’idée générale : chaque nouveau plan doit apporter un nouveau point de vue.

Ces règles s’assouplissent dans le montage très rapide (clip, publicité), où la perception de l’espace compte moins.

En pratique

Exercice

Choisissez une scène de film de 1 à 2 minutes.

Découpez-la plan par plan : notez pour chaque plan sa valeur (PG, PE, PDE… TGP), sa durée et ses éventuels mouvements de caméra.

Repérez les changements de valeur : pourquoi le réalisateur se rapproche-t-il ou s’éloigne-t-il à ce moment précis ?

Faire l’exercice interactif →

Le duel de Sad Hill (Le Bon, la Brute et le Truand) : identifiez la valeur de dix plans et justifiez chaque changement de plan.